Nous avons passé 5 jours avec 5 équipes scientifiques qui luttent contre la COVID-19

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Depuis mars 2020, Québec Science est un témoin privilégié de l’effort des scientifiques qui luttent contre la COVID-19. Combien d’entre eux ont accepté de nous parler même s’ils n’avaient que quelques heures de sommeil dans le corps? Combien ont opté pour un message automatique du genre «Je reçois énormément de courriels en ce moment et ne pourrai peut-être pas vous répondre»? Combien ne se souviennent pas de leur dernier véritable congé? Pour documenter leur travail quotidien, cet ultramarathon qui mènera − ou pas − à des annonces glorieuses, nous avons passé cinq jours avec cinq équipes. Nous vous racontons cette semaine de fou, tels cinq instantanés pris au cours de la semaine du 7 décembre.

JOUR 1

Des œufs dans différents paniers

Dans les laboratoires de l’entreprise Immune Biosolutions, qui a pour voisin l’hôpital Fleurimont de Sherbrooke, où un plan de délestage est sur le point d’être annoncé, la musique de Ben l’Oncle Soul donne le ton : « Je n’suis qu’un soul man, écoute ça baby. J’suis pas un superman, loin de là. »

Le refrain fait écho à ce qu’Alexandre Fugère et Annie Leroux, respectivement chargé de projet et chef superviseuse des laboratoires, racontent. En janvier 2020, alors que le virus faisait des siennes en Chine, ils se sont demandé s’ils devaient prendre part à l’effort de recherche, relate la microbiologiste. Après tout, l’entreprise se spécialise dans la mise au point d’anticorps permettant de lutter contre différentes maladies, des cancers aux infections. Il y a eu tergiversations. Puis, « la situation a dégénéré rapidement et la question ne se posait plus », poursuit son collègue. Sans être des superhéros, on peut dire qu’ils ont accepté leur mission !

Ce matin, une bonne partie de l’équipe est partie dans d’autres installations « vacciner » des poulets dans le cadre d’un projet non lié à la COVID-19 − le reste du travail doit se poursuivre. Cela consiste à injecter l’élément contre lequel on veut lutter pour déclencher chez les animaux une réaction immunitaire et récupérer finalement leurs lymphocytes B, ces globules blancs qui produisent les anticorps. C’est le modus operandi de l’entreprise. « Les anticorps qu’on peut trouver chez les oiseaux sont parfois très efficaces », assure Alexandre Fugère. Il faut quand même les « humaniser » pour espérer qu’ils aident à guérir des patients.

Dans l’espoir de trouver la perle rare, le groupe a ainsi injecté aux poulets différents morceaux de la protéine S (pour « spicule ») du SRAS-CoV-2, l’élément qui lui permet d’infecter les cellules. De plus, l’équipe a criblé le plasma de patients atteints de la COVID-19 pour découvrir d’autres anticorps. Elle teste des candidats issus des deux approches. « On ne met pas tous nos œufs dans le même panier ! » sourit M. Fugère.

Grâce à une technologie de microfluidique couplée à la microscopie, l’équipe a décelé les anticorps capables de repérer une partie de la protéine S. Ces jours-ci, elle s’attelle à valider d’autres éléments, comme la capacité à produire les anticorps, la tendance de ces derniers à s’agréger entre eux (ce qui n’est pas souhaitable) et, bien sûr, leur efficacité. Ils ont beau s’agripper à la cible, ils doivent ensuite parvenir à la neutraliser. Des validations indépendantes sont aussi en cours, et les résultats sont encourageants.